Le groupe d'experts des Nations unies sur Haïti a publié, le 8 septembre, un rapport détaillant l'ampleur de la violence qui secoue le pays. Au‑delà des faits de criminalité pure, le document montre que des personnalités politiques sont liées à des groupes armés, créant ainsi un réseau où la lutte pour le pouvoir se mêle à des activités illicites.
Une violence institutionnalisée
Depuis l'époque des Duvalier, la violence a été utilisée comme instrument de contrôle. Après 1986, les milices ont continué à servir les intérêts des factions politiques, et depuis les années 1990, la logique de l'accumulation de pouvoir s'est renforcée autour des ports et des infrastructures d'import‑export. Les importations, qui ne représentaient que 26,5 % du PIB en 1984, ont atteint 47,2 % en 2003, plaçant les terminaux portuaires au cœur de l'économie haïtienne.
Le coup d'État de 2004 a accentué cette dynamique en permettant à des acteurs du monde des affaires d'acquérir une influence politique directe. Cette recomposition a fait basculer la lutte pour le pouvoir vers la conquête de positions économiques stratégiques, notamment le contrôle des flux de marchandises et des ressources liées aux ports.
Sanctions et manque de transparence
Alors que le Canada, les États‑Unis et l'Union européenne ont imposé des sanctions ciblant des membres du secteur privé, le rapport de l'ONU reste vague sur les liens précis entre la criminalité armée et les intérêts économiques dominants. Les sanctions publiques évoquent toutefois des personnalités impliquées dans les secteurs de l'importation, de la logistique, de l'énergie et de la finance, soulignant la concentration du pouvoir économique là où les gangs contrôlent les accès aux infrastructures.
Des études de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime confirment que les gangs détiennent des positions stratégiques sur les routes d'accès aux ports et aux terminaux pétroliers, facilitant le trafic d'armes et de marchandises illicites. Cette emprise territoriale alimente un marché noir qui finance la modernisation des arsenaux criminels, créant un cercle vicieux où la violence soutient l'accumulation économique et vice‑versa.
Selon les analystes, aucune opération policière ne pourra rompre cet ordre sans s'attaquer aux relations politico‑criminelles qui le sous-tendent. La persistance de ce système explique la difficulté à restaurer la sécurité et la stabilité dans le pays.
Source : AlterPresse
AlterPresse