Selon l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), Haïti occupe aujourd’hui une place centrale dans la chaîne de transit de la cocaïne qui relie les zones de production sud‑américaines aux marchés européens. Cette position s’explique d’abord par la localisation géographique du pays, à la croisée des routes maritimes de l’Atlantique, des courants entre les Caraïbes, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud.
Une position géographique stratégique
Les côtes haïtiennes offrent un accès direct aux voies maritimes menant aux Bahamas, à la Jamaïque et aux ports européens, notamment Anvers en Belgique. L’île de la Tortue, isolée mais proche des routes de navigation, est régulièrement citée comme point d’appui logistique pour les cargaisons de drogue.
Le modèle de féodalisation du territoire
Depuis plusieurs années, l’État haïtien ne contrôle plus de larges portions du pays. Des coalitions de gangs armés dominent la capitale, des villes périphériques, des axes routiers stratégiques et des ports informels. Chaque groupe impose des taxes clandestines, régule les déplacements et assure la protection armée des activités illicites, fonctionnant comme de véritables seigneurs féodaux.
Pour les réseaux de narcotrafic, cette fragmentation est un atout. Au lieu de négocier avec un État centralisé, les trafiquants peuvent contracter plusieurs acteurs locaux, les mettre en concurrence et garantir la fluidité du transit. Les gangs assurent la sécurisation des débarquements, le contrôle des entrepôts, l’escorte des cargaisons et la libération des conteneurs contre rémunération.
L’UNODC souligne également une corrélation croissante entre le trafic de drogue et le commerce d’armes : les revenus de la cocaïne financent l’achat d’armes, qui à leur tour renforcent le contrôle territorial, créant un cercle vicieux qui affaiblit davantage l’État.
Face à cette réalité, les autorités haïtiennes et la communauté internationale peinent à proposer des solutions. Les chiffres de l’ONU indiquent que, depuis 2024, plus de 15 000 personnes ont perdu la vie dans le conflit entre gangs, aggravant la crise humanitaire.
Source : AlterPresse
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