Dans le cadre de l’émission Wi Ayiti Kapab diffusée par le PNUD Haïti, Pierre Marie Boisson, président de la Sogesol et administrateur de Sogexpress, a rappelé la profonde contraction de l’économie haïtienne, estimée à -2,7 % en 2025 et à plus de 16 % de perte de richesse depuis 2018. Son appel à une vision à moyen terme (15‑25 ans) est partagé par la plupart des analystes.
Dollarisation et taux de change flexible
Haïti fonctionne de facto en dollars : deux tiers des dépôts bancaires sont libellés en monnaie américaine, contre moins de 24 % en 1996. Cette évolution, rendue possible par la loi du 18 janvier 1990, a conduit les banques à opérer avec un spread important entre le prix d’achat et le prix de vente du dollar. Le mécanisme décrit par Boisson montre qu’une remise de 100 $ de Montréal à un bénéficiaire local génère un profit de plusieurs centaines de gourdes sans création de valeur réelle, profit qui se répète quotidiennement avec les flux de la diaspora.
Face à cette situation, la Banque de la République d’Haïti a limité les transactions à 30 000 $ et imposé l’affichage du taux de référence, sans toutefois contenir la spirale inflationniste qui s’est installée.
Marge des prêts et déséquilibre sectoriel
Le taux d’intérêt appliqué aux microcrédits dépasse largement les standards mondiaux. Alors que le taux moyen du microcrédit dans la plupart des pays se situe entre 25 % et 30 % annuel, les institutions haïtiennes comme la Sogesol pratiquent des taux de 50 % à 60 % par an, parfois présentés comme 1,8 % à 5 % mensuels. Cette différence crée un spread de crédit de près de 48 % entre le coût du financement (environ 2 %) et le taux appliqué aux emprunteurs.
Le portefeuille de crédit alloué à l’agriculture reste inférieur à 1 % du total, tandis que la majorité des fonds soutient l’achat de biens importés. Cette orientation favorise la consommation de produits étrangers au détriment de la production locale.
Des exemples étrangers, comme le plafonnement des taux au Kenya (14,5 %) ou au Cambodge (18 %), illustrent des alternatives possibles pour réduire les marges excessives et encourager le volume plutôt que la marge, comme l’a démontré Equity Bank au Kenya.
En conclusion, les observations de Boisson soulignent la nécessité d’un rééquilibrage du système bancaire : transparence des spreads, réduction des taux de crédit et réallocation d’une part significative du portefeuille vers les secteurs productifs, notamment l’agriculture.
Source : AlterPresse
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