Le récent texte de Daniel Rouzier sur l’arrivée des commerçants chinois en Haïti met en lumière un changement de dynamique commerciale. Alors que plusieurs investisseurs étrangers se retirent, les acteurs chinois s’installent en profitant de réseaux d’approvisionnement directs et de coûts d’achat réduits. Cette évolution s’inscrit dans la continuité historique du pays, qui a accueilli successivement des communautés marchandes venues d’Allemagne, du Levant ou d’Europe.
Un contraste avec le diagnostic de 2018
En 2018, Rouzier dénonçait surtout les dysfonctionnements internes : concentration de la richesse, contrebande, privilèges et surtout l’absence d’électricité fiable pour la majorité de la population. Il rappelait que huit millions d’Haïtiens vivaient dans le noir, un constat qui restait au cœur de ses analyses.
Le texte de 2026, en revanche, se concentre davantage sur la concurrence extérieure. Il décrit les avantages compétitifs des importateurs chinois – langue commune avec les fournisseurs, regroupement des achats, réduction des intermédiaires – et pose des questions sur la valeur ajoutée locale, la création d’emplois et la possibilité de transformer le pays en lieu de production plutôt qu’en simple marché de consommation.
L’énergie, angle mort persistant
Si le sujet de l’énergie apparaît en filigrane dans le texte de 2026, il demeure crucial. Une production industrielle compétitive nécessite une alimentation électrique stable et abordable. Les pertes techniques, le vol d’électricité, la sous‑facturation et le manque d’investissements dans le réseau électrique freinent la compétitivité des entreprises haïtiennes face aux importateurs qui opèrent avec des coûts énergétiques maîtrisés dans leurs pays d’origine.
Le contraste entre les deux discours montre que les problèmes structurels identifiés en 2018 n’ont pas disparu ; ils sont simplement éclipsés par l’émergence de nouveaux acteurs. La concentration du marché dans des secteurs stratégiques (importation, distribution, finance, ports) persiste, limitant les gains potentiels de la concurrence.
Vers une réindustrialisation conditionnée
Pour que les commerçants chinois ne soient pas le seul moteur de la croissance, Haïti doit créer un environnement où toute entreprise, locale ou étrangère, peut investir dans la production. Cela implique une réforme du secteur électrique, une gouvernance plus transparente et des règles du jeu prévisibles. Sans ces conditions, le pays risque de rester dépendant d’un modèle d’importation qui ne génère que peu d’emploi durable.
Source : AlterPresse
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