Lors d'une réunion avec des représentants du secteur médiatique, le ministre de la Culture et de la Communication, Emmanuel Ménard, a annoncé l'intention du gouvernement haïtien de fonder un « Ordre des journalistes ». Cette proposition, présentée comme une réponse à la crise de repères qui touche la profession, vise à instaurer des standards de pratique et à encadrer les acteurs du paysage médiatique.
Un contexte marqué par la précarité et la désinformation
Le secteur de la presse en Haïti se caractérise aujourd'hui par une multiplication d'acteurs aux formations souvent limitées à une courte initiation à la communication. Cette précarité académique se reflète tant dans les médias traditionnels que sur les plateformes numériques, où la diffusion de fausses nouvelles, le sensationnalisme et le manque de respect des règles déontologiques sont fréquents.
Face à ces dérives, l'idée d'un organisme centralisé capable d'accorder ou de retirer le droit d'exercer apparaît séduisante pour certains. Cependant, les risques associés à une telle structure sont multiples. Un pouvoir unique de régulation pourrait devenir un levier d'influence politique, facilitant le filtrage des voix critiques et la limitation de la liberté d'expression.
De plus, à l'ère du numérique, la capacité d'un individu à publier sur les réseaux sociaux, les blogs ou les applications de messagerie rend difficile l'efficacité d'une sanction institutionnelle. Le retrait d'une carte professionnelle ne suffit plus à empêcher la diffusion d'informations sur des canaux alternatifs, et l'effet Streisand peut même accroître la visibilité d'un journaliste sanctionné.
Dans ce nouveau paradigme, les solutions proposées par le texte de l'Observatoire du numérique, représenté par Ludwy R. Jean Paul (Tilou), privilégient l'autorégulation, l'éducation aux médias et le renforcement de la responsabilité des acteurs numériques. Des initiatives comme la plateforme Toma, qui utilise l'intelligence artificielle pour détecter les infox, illustrent une approche proactive axée sur le discernement du public plutôt que sur la contrainte étatique.
En définitive, la création d'un Ordre des journalistes risque de s'avérer un anachronisme face à la réalité du terrain. Une stratégie basée sur la transparence, la formation et l'auto‑contrôle apparaît plus adaptée pour restaurer la crédibilité du secteur et protéger le droit du public à une information fiable.
Source : AlterPresse
AlterPresse