Depuis un peu plus de deux ans, la monnaie haïtienne affiche une stabilité inhabituelle alors que l’inflation continue de grimper. Cette situation suscite des interrogations, notamment chez les acteurs du secteur bancaire qui voient leurs marges de profit affectées par un taux de change quasi figé.
Les critiques du banquier Pierre‑Marie Boisson
Dans une tribune récente, le banquier privé Pierre‑Marie Boisson a remis en cause la décision de la Banque de la République d’Haïti (BRH) de maintenir le taux de référence autour de 130 gourdes pour un dollar. Selon lui, ce niveau « appauvrit » les bénéficiaires de transferts de fonds, qui représentent la majorité des revenus des ménages haïtiens. Il propose d’élever ce taux à 160 voire 200 gourdes, arguant que cela contribuerait à freiner l’inflation.
Boisson s’appuie sur des exemples tirés de quatorze pays africains et du Mexique pour soutenir son propos, tout en reconnaissant que le contexte haïtien diffère largement de ces économies. Il souligne que la petite taille de l’économie, sa forte dépendance aux importations et la présence d’un secteur bancaire orienté vers la spéculation sur le dollar rendent l’application directe de ces modèles délicate.
Le banquier critique également la capacité de la BRH à influencer le marché réel des changes. Il rappelle que les banques privées achètent le dollar à des prix inférieurs à 130 gourdes et le revendent à plus de 132, générant ainsi des spreads importants. Selon lui, la BRH n’aurait pas suffisamment régulé cet écart, ce qui profiterait aux établissements financiers au détriment des consommateurs.
En outre, Boisson évoque le récent ajustement du salaire minimum et les tensions qu’il crée dans le secteur de la sous‑traitance. Il décrit un phénomène qu’il qualifie de « dumping‑créole », où les entreprises vendent en devises étrangères tout en payant leurs employés en gourde, profitant d’un taux de change plus favorable pour augmenter leurs marges.
Enfin, le banquier suggère que ses prises de position sont également motivées par des considérations politiques, à l’approche des élections. Il estime que la perception publique de la politique monétaire pourrait influencer le débat électoral et la légitimité des institutions financières.
Source : AlterPresse
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