Le 20 septembre 2026, dix‑huit personnes incarcérées en Haïti dans le cadre de l’enquête sur le meurtre du président Jovenel Moïse ont été remises aux autorités américaines. Elles ont comparu le lendemain devant un tribunal fédéral de Miami, sous la présidence de la juge Lisette Reid.
Parmi les détenus figurent un ancien fonctionnaire du ministère de la Justice, Joseph Félix Badio, ainsi que dix‑sept anciens militaires colombiens. Tous sont poursuivis aux États-Unis pour complot visant à assassiner ou à enlever une personne hors du territoire américain. Ils rejoignent déjà quatre accusés, dont le citoyen haïtiano‑américain Christian Emmanuel Sanon et l’entrepreneur Samir Handal, dont le procès est prévu le 28 septembre 2026.
Réactions du magistrat haïtien
Loubens Élysée, président du Réseau national des magistrats haïtiens (Renama), a dénoncé ce transfert comme une atteinte à la souveraineté judiciaire d’Haïti. Interrogé par AlterRadio, il a souligné que la remise de prévenus détenus sur le sol national à une juridiction étrangère « n’est pas normale » et qu’elle met en évidence les limites du système judiciaire haïtien à exercer ses compétences dans une affaire de cette envergure.
Selon Élysée, la décision des autorités haïtiennes de confier les suspects à la justice américaine constitue « un aveu d’impuissance » de la justice locale, déjà entravée par des lois jugées obsolètes et par un manque de moyens pour traiter un crime d’une telle portée.
Le transfert intervient près de cinq ans après l’assassinat du président, alors qu’aucun procès n’a encore eu lieu en Haïti. Le magistrat estime que la perspective d’un jugement national devient de plus en plus incertaine, d’autant que les principaux accusés sont désormais jugés aux États‑Unis.
Cette situation relance le débat sur la capacité de l’État haïtien à protéger ses prérogatives judiciaires et à garantir un processus équitable pour les victimes d’un crime qui a profondément marqué le pays.
Source : AlterPresse
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