Les violences qui ont frappé Kenscoff entre juillet et août 2026 s’inscrivent dans une détérioration progressive du dispositif de sécurité locale. Selon le rapport du Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) publié le 16 septembre 2026, plusieurs signaux d’alerte se sont accumulés avant les assauts meurtriers.
Retrait d’unités spécialisées et réduction des effectifs
Après le massacre du 27‑29 janvier 2025, qui avait fait au moins 139 morts ou disparus et détruit 43 habitations et commerces, un dispositif renforcé avait été mis en place en novembre 2025 avec l’appui d’experts français et américains. Des points fixes avaient été établis à Téléco, Panyòl, Viard 1, Kafou Malè, Carrefour Maroca et près de l’orphelinat Sainte‑Hélène, mobilisant plusieurs unités de la Police nationale d’Haïti (PNH) et la Force d’action rapide de la Police (FAd’H).
Par la suite, l’Unité temporaire anti‑gangs (uUag) et la Brigade d’opérations et d’interventions départementales (Boid) ont été rappelées. Le Rnddh indique que les raisons de ces retraits restent « totalement inconnues » et que les effectifs spécialisés ont diminué de 60 %.
Demandes de renfort restées sans suite
Le 27 juillet 2026, le responsable de la police de Kenscoff a sollicité deux véhicules blindés supplémentaires auprès de la Direction départementale de l’Ouest (Ddo‑1), suivi d’une seconde demande le 28 juillet. Aucun renfort n’a été déployé. Une semaine avant l’attaque du 23 août, le véhicule blindé positionné à Kafou Malè a été déplacé faute de personnel.
Préparatifs des gangs et déroulement de l’assaut
Le Rnddh rapporte que les groupes armés de la coalition Viv Ansanm ont utilisé des drones de surveillance et des éclaireurs, infiltrant le centre‑ville plusieurs jours avant l’offensive. Le 23 août, une réunion entre autorités civiles, dont l’agent exécutif intérimaire Massillon Jean, et des membres de la Brick a eu lieu. Des divergences portent sur le désarmement de certains brigadiers, mais la mairie aurait limité les contrôles de véhicules jugés hors mandat.
Aux alentours de 22 h, les gangs ont avancé depuis Viard, Godet et Furcy, créant des diversions à Téléco, Carrefour Maroca et Fermathe 52. Les forces de sécurité ont déplacé un point fixe près de l’orphelinat Sainte‑Hélène pour renforcer Fermathe 52, mais les assaillants ont pénétré le centre, atteignant Villier et Kafou Malè, près du commissariat et de la mairie.
Les violences ont fait des hommes, femmes, enfants et adolescents parmi les victimes, incluant des viols, un meurtre d’un habitant de Robin le 14 août et des incendies qui se sont prolongés le 24 août. Les forces locales, soutenues par la Ddo‑1, la Team Réaction et la Brigade de recherches et d’interventions (BRI), ont résisté jusqu’à environ 3 h du matin, moment où les gangs se sont retirés.
Le bilan du Rnddh indique 164 morts, des dizaines de disparus, 71 enlèvements, au moins 23 blessés et de nombreuses habitations et véhicules incendiés.
Source : AlterPresse
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