samedi 1 août 2026
CULTURE 3 min de lecture

Gaëlle Bien-Aimé, lauréate du prix RFI théâtre 2022

La comédienne haïtienne, Gaëlle Bien-Aimé, est la lauréate du prix RFI théâtre 2022 avec sa pièce titrée « Port-au-Prince et sa douce nuit ». Elle succède à Jean D’Amérique.

Il était 2 h du matin en Haïti lorsque la Radio France Internationale a annoncé la nouvelle sur Twitter. Le prix sera décerné, ce dimanche 25 septembre, au Festival Francophonies, à Limoges.

Depuis sa création en 2014, ce prix se donne pour mission de valoriser les œuvres dramatiques des auteurs francophones. Le prix RFI est une récompense remise chaque année, à un auteur francophone, d’Afrique, d’océan Indien, des Caraïbes.

Port-au-Prince et sa douce nuit, est une histoire d’amour. Tout se passe dans les corps et les yeux de deux personnages fatigués qui traversent la ville dans un soutenir clair. Le temps est dilué, dehors il n’y a ni lumière, ni lune, ni feu de signalisation. Dans cette pièce, le couple garde la bougie allumée. Comment s’aimer dans une ville qui s’effondre ? Comment peut-on aimer sa ville et pourtant être obligé d’envisager de la quitter pour ne pas mourir ? Cette interminable soirée commence par un baiser, un poème angoissant qui passe à travers les fenêtres de cette pièce puis recouvre toute la ville d’une sombre douceur.

Dans une interview accordée à RFI, l’actrice a déclaré qu’elle a écrit pour que les gens qui ne sont pas au pays ou qui ne connaissent pas Haïti puissent comprendre ce qui s’y passe.

« C’est important pour moi. Car il y a un silence total des médias autour de ce qui se passe en Haïti. Depuis deux (2) semaines, toutes les rues sont bloquées, depuis deux (2) semaines, les gens sont bloqués chez eux. Moi, j’écris pour que les gens comprennent et parlent dans ce pays », déclare Gaëlle Bien-Aimé. « Je ne sais pas si cela va nous aider à quelque chose, mais nous sommes très isolés. On crève seul ! Et je me suis dit que cela pourrait peut-être aider un peu à ouvrir une fenêtre sur l’île », a-t-elle poursuivi.

Port-au-Prince et sa douce nuit

Pour elle, la nuit signifie cette absence de lumière et d’espoir. On ne voit pas ce qui va se passer, on ne voit pas la lumière, on ne voit pas le changement.

C’est très métaphorique, la douce nuit, c’est la douce descente en enfer de tous les Haïtiens depuis plusieurs décennies, avec toutes ces mobilisations populaires, la violence exercée par l’État sur la population. « Là, à mon avis, il y a une grande corde raide. À mon avis, il y aura une grande vague migratoire. Cette longue nuit est la nuit des incertitudes. On ne sait pas ce qu’on va faire », explique-t-elle.

Rappelons que le jury de cette dernière édition était présidé par Odile Sankara et composé de : Laïtitia Ajounohum (actrice), Ronan Chéneau (écrivain et directeur artistique du festival de la langue française au CDN de Normandie), Sabine Chevalier (directrice de la maison des écritures à la scène), Caroline Marcihac, (directrice de l’association française de l’art des scènes) et autres.

Née en 1987 à Port-au-Prince. Gaëlle Bien-Aimé est journaliste, comédienne, humoriste, professeure de corps et de voix à Acte, école de formation d’acteurs (trices) et d’animateurs (trices). Elle est également activiste politique et membre de l’organisation féministe « Négès Mawon ». Elle a fondé la troupe « Corps et âme ».

« Port-au-Prince et sa douce nuit » sera représentée le 23 juillet 2023 à l’ouverture de la 11e édition des lectures « ça va le monde », organisée par RFI.

 

Kethia Saint Marc