mercredi 16 septembre 2026

Haïti bâtit un écosystème d’intelligence artificielle entre contraintes et ambitions

Face à des coupures d’électricité fréquentes et à une connectivité limitée, le pays développe un réseau d’acteurs, de formations et de projets IA visant à préserver sa souveraineté numérique.

Haïti bâtit un écosystème d’intelligence artificielle entre contraintes et ambitions
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Le 6 juin 2026, le DevExpo organisé par l’incubateur Banj a réuni près de 10 000 participants, en présentiel et en ligne, dans les dix départements haïtiens. L’événement, dédié à l’intelligence artificielle, a reçu plus de 200 candidatures au Challenge IA pour l’impact social. Cinq projets – ZònPam, Kòb Mwen, KURA, Le Bachelier et PHARx – ont partagé un financement total de cinq millions de gourdes pour répondre à des besoins concrets en sécurité, éducation financière, santé numérique, accompagnement scolaire et accès aux médicaments.

Formations et recherche au cœur du mouvement

L’École supérieure d’infotronique d’Haïti (ESIH), sous la direction de Patrick Attié, a intégré depuis octobre 2024 un cursus dédié aux IA génératives, à l’exploration de données et au big data. L’institution compte plus de 95 interventions locales et internationales et propose des formations reconnues par l’Agence universitaire de la Francophonie. En mars 2026, elle a animé un atelier destiné aux journalistes pour les sensibiliser à l’usage responsable de l’IA, tout en menant le projet Deep Farm, qui applique l’intelligence artificielle à l’agriculture durable.

Modèle d’innovation adapté aux réalités locales

Le cadre Minokan, inspiré du MIT REAP et de la Quintuple Hélice, cartographie plus de quarante acteurs répartis sur huit piliers – État, infrastructures, enseignement, entrepreneuriat, financement, diaspora, société civile et environnement – et identifie quatre flux essentiels : talents, capitaux, données et connaissances. Il met en avant huit secteurs prioritaires, dont la santé, l’agriculture et l’énergie.

Malgré ces avancées, le pays reste confronté à des limites structurelles : seulement 35‑40 % de la population aurait accès à Internet et 45 % à l’électricité, tandis que l’absence de centres de données nationaux rend Haïti dépendant d’infrastructures étrangères. Les réseaux de Digicel et Natcom, les câbles sous-marins et le corpus créole de Mozilla Common Voice constituent toutefois des ressources sous‑exploitées.

Financement et rôle de la diaspora

Le financement demeure le principal frein. La plupart des start‑ups survivent grâce aux apports personnels de leurs fondateurs. Le mapping propose la création d’un Fonds souverain pour l’innovation numérique, soutenu par la Banque de la République d’Haïti, des partenaires internationaux et la diaspora, qui pourrait transformer le phénomène de fuite des cerveaux en un échange de compétences et de réseaux.

Le programme ProAI, approuvé en 2025 par la Banque interaméricaine de développement avec un budget de 300 000 USD, vise à former des professionnels, des entreprises et des agents publics. Le gouverneur Ronald Gabriel, lors des Journées scientifiques du Fonds BRH, a rappelé l’importance de placer la recherche au centre du développement national.

En définitive, Haïti possède les bases d’un écosystème IA : talents, institutions, projets pilotes et volonté politique. La prochaine étape consiste à consolider l’infrastructure énergétique et numérique, à sécuriser les données et à mobiliser les ressources financières afin de garantir une souveraineté numérique durable.


Source : AlterPresse
AlterPresse