Le 23 août 2026 marque le 235ᵉ anniversaire de l’insurrection qui a éclaté à Saint‑Domingue en 1791, déclenchant le processus qui mènera à l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. Depuis 1998, l’UNESCO célèbre cette date comme journée mondiale du souvenir de la traite négrière et de son abolition.
Une demande de redéfinition
Jean‑Léon Ambroise, politologue et directeur de l’Institut Yves Dejean, a soumis une lettre ouverte au bureau haïtien de l’UNESCO. Il y propose de reconsidérer le libellé et le cadre narratif de la commémoration. Selon lui, la formulation actuelle ne rend pas pleinement justice à la portée de l’insurrection, qui, au-delà d’une simple victime de la traite, représente un acte d’émancipation et de reconstruction de l’humanité.
Ambroise souligne que le 23 août doit être perçu comme le moment où les personnes réduites en esclavage ont exercé une puissance d’action, en organisant le Congrès de Bois‑Caïman sous la conduite de Dutty Boukman. Cette prise d’initiative a déclenché une série d’événements, dont la lutte contre la tentative de rétablissement de l’esclavage en 1802.
Arguments avancés
Dans son texte, le politologue critique l’appellation actuelle, qu’il juge trop centrée sur la condition de victime et insuffisante pour rendre compte de l’agence des insurgés. Il propose que la journée soit présentée comme « journée mondiale du geste de restauration de l’humanité », afin de mettre en avant le rôle actif des esclaves dans la transformation du système colonial.
Il rappelle également que la reconnaissance internationale de la date a déjà constitué un « grand pas » vers une humanité réconciliée, mais que la mémoire collective doit évoluer pour inclure la dimension politique et théorique de cet événement fondateur.
Perspectives
La proposition d’Ambroise s’inscrit dans un débat plus large sur la manière dont les sociétés commémorent les luttes contre l’oppression. Si l’UNESCO accepte de réviser le texte officiel, la nouvelle dénomination pourrait influencer les programmes éducatifs et les commémorations à l’échelle mondiale, offrant une lecture plus dynamique de l’histoire haïtienne.
Source : AlterPresse
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