Dans le cadre de l’émission TiChèzBa, le juriste et diplomate haïtien Pierre Antoine Louis a soulevé les zones d’ombre qui entourent l’intervention de quatre militaires salvadoriens disparus le 18 octobre 2026 à Santo, Croix‑des‑Bouquets. Son analyse met en avant l’absence de clarté quant aux accords qui auraient autorisé ce déploiement et aux responsabilités qui en découlent.
Enjeux juridiques et souveraineté
Louis rappelle que le Salvador figure parmi les partenaires permanents du groupe chargé d’orienter la Force de répression des gangs (FRG). Il précise que toute mission internationale doit se conformer aux traités et aux résolutions qui encadrent la coopération, notamment la résolution 2793 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui réaffirme la pleine souveraineté d’Haïti. Selon lui, la disparition des soldats salvadoriens soulève trois hypothèses : une coopération bilatérale formalisée, une participation à la FRG sous mandat ou une intervention non couverte par un accord officiel.
Après l’entretien, les gouvernements haïtien et salvadorien ont publié des communiqués confirmant un accord entre le Premier ministre Alix Didier Fils‑Aimé et le président Nayib Bukele. Louis insiste toutefois sur la nécessité de préciser les rôles respectifs des autorités nationales, du groupe de coordination de la FRG et des partenaires extérieurs afin d’éviter toute remise en cause de la légitimité haïtienne.
Dimension géopolitique
L’expert souligne le poids des États‑Unis, qui assurent le financement, la logistique et exercent une influence décisive au sein du Conseil de sécurité. Il s’interroge sur le soutien logistique fourni aux troupes salvadoriennes, notamment en matière de transport et d’équipement. Au-delà de la question haïtienne, Louis situe le déploiement dans un contexte plus large où plusieurs pays de la Caraïbe cherchent à aligner leurs intérêts stratégiques, ce qui pourrait conditionner la pérennité du dispositif.
Enfin, le modèle salvadorien de lutte contre les gangs, largement médiatisé, est présenté comme une source d’inspiration pour d’autres États latino‑américains. Louis avertit toutefois que la transposition directe de ce modèle à Haïti ignore les spécificités locales et risque d’engendrer des solutions inadaptées.
En conclusion, le diplomate appelle à une coopération ordonnée, à une coordination efficace entre les forces engagées et à un respect strict du cadre juridique afin d’éviter toute confrontation entre Haïti et ses partenaires internationaux.
Source : AlterPresse
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