Les forces de l'ordre en Haïti opèrent quotidiennement dans un contexte d'insécurité accrue, d'affrontements armés et d'expositions fréquentes à des scènes traumatisantes. Au-delà du risque physique, ces conditions engendrent un stress chronique qui affecte la santé psychologique des policiers.
Des drames qui soulignent le besoin d’intervention
En juillet, deux agents de la Police nationale d'Haïti (PNH) ont été découverts morts à Delmas dans des circonstances présentées comme des suicides, suscitant l'appel du syndicat SPNH-17 à renforcer les services de soutien psychologique. Le 3 octobre, un autre incident à Delmas 33 a abouti à la mort d'une policière, de son enfant et du policier responsable, suivi d’un suicide. Bien que les causes exactes restent à établir, ces faits rappellent l'urgence d'une prévention proactive.
Le psychologue Pascal Néry Jean‑Charles, vice‑président de l'Association haïtienne de psychologie, a souligné lors de l'émission Panel Magik du 7 octobre que les agents sont exposés à des horaires irréguliers, à un manque de sommeil et à des équipements parfois inadaptés. Cette accumulation de facteurs favorise l'apparition de troubles psychologiques qui, s'ils ne sont pas traités, peuvent impacter la vie familiale et la performance professionnelle.
Pour répondre à ces enjeux, le haut État‑major de la PNH est invité à mettre en place des cellules d’accompagnement psychologique accessibles, à assurer un suivi après les opérations particulièrement éprouvantes et à former les responsables à identifier les signes de détresse. Des interventions similaires existent dans d’autres pays, où les agents bénéficient d’évaluations psychologiques avant de reprendre le terrain.
Le manque de spécialistes en santé mentale constitue un obstacle majeur : l'Association haïtienne de psychologie recense environ 300 psychologues, tandis que le nombre de psychiatres reste inférieur à vingt pour l’ensemble du pays. Une ligne d’assistance téléphonique (+509 2919 9000) offre un premier recours anonyme, mais elle ne remplace pas une politique institutionnelle durable.
Instaurer une culture où demander de l’aide n’est ni stigmatisé ni sanctionné permettrait aux policiers de préserver leur dignité et de protéger leurs familles. Une prise en charge systématique renforcerait la résilience des forces de l'ordre et contribuerait à une meilleure sécurité publique.
Source : Vant Bèf Info
Vant Bèf Info