En octobre, la Journée mondiale de la santé mentale rappelle que les traumatismes liés aux conflits armés persistent bien au-delà des événements violents. En Haïti, quatre récits témoignent de la façon dont la peur et la perte affectent le quotidien des personnes déplacées.
Un ancien menuisier de 85 ans, entre souvenirs et précautions
Joseph Dorvil, ancien artisan, vit désormais chez sa nièce après que son domicile a été incendié. Chaque soir, il prépare méticuleusement son sac contenant quelques vêtements, des médicaments et des papiers essentiels, redoutant de devoir repartir à nouveau sans rien emporter. La perte de ses photographies familiales, détruites dans l’incendie, reste un vide silencieux qu’il évoque à peine.
Une mère célibataire et sa petite fille, entre survie et vigilance
Nadège Pierre, 29 ans, a fui son quartier avec sa fille de cinq ans. Elles occupent une chambre chez une amie, où chaque vêtement est rangé séparément pour éviter les mélanges. Le frère de Nadège, blessé par balle, influence sa méfiance vis‑à‑vis des appels tardifs. Les vidéos de maisons en flammes qu’elle consulte sur son téléphone alimentent une angoisse constante, la poussant à vérifier chaque message avant de dormir.
Un chauffeur de tap‑tap blessé, confronté à l’incertitude financière
Frantz Louis, 43 ans, a été touché à la jambe par une balle en rentrant chez lui. La blessure limite sa capacité à rester debout longtemps, réduisant ses revenus. Il consigne chaque dépense sur une feuille pliée, espérant que les tirs cessent pour pouvoir reprendre une routine normale avec ses trois enfants.
Un élève de 11 ans, marqué par l’évacuation soudaine
Samuel Jean, élève de sixième, se souvient surtout de la main rassurante de sa mère lors de la fuite de leur maison. Aujourd’hui, il vit dans un logement partagé, où les bruits de tirs interrompent ses jeux et ses devoirs. Les questions qui le hantent chaque soir portent sur la sécurité de leurs anciens quartiers et la possibilité d’un nouveau départ.
Ces quatre histoires s’inscrivent dans un contexte plus large : l’UNICEF estime à 1,5 million le nombre de personnes déplacées en Haïti, dont près de la moitié sont des enfants. Les services psychosociaux, soutenus par l’Organisation panaméricaine de la santé, ont atteint 23 000 personnes, mais les besoins restent largement sous‑couverts. L’écoute des victimes est désormais reconnue comme essentielle pour orienter les réponses sanitaires et sociales.
Source : Vant Bèf Info
Vant Bèf Info