vendredi 18 septembre 2026

Un musée de l’esclavage à Bwa Kayiman : le Cnre trace la voie d’une mémoire nationale

Le Comité national Route de l’Esclave a organisé un séminaire à Bwa Kayiman pour définir les étapes de création d’un musée dédié à l’esclavage, afin de combler le vide mémoriel d’Haïti.

Un musée de l'esclavage à Bwa Kayiman : le Cnre trace la voie d’une mémoire nationale
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Après plus de deux siècles depuis la révolution qui a mis fin à l’esclavage, Haïti ne possède toujours pas d’institution muséale consacrée à cette période. Les 20 et 21 août 2026, le Comité national Route de l’Esclave (Cnre) a réuni des spécialistes de l’art, de la muséologie, du patrimoine et de l’histoire afin d’élaborer un projet de musée à Bwa Kayiman.

Un projet né il y a vingt ans, relancé aujourd’hui

Initié il y a deux décennies, le projet a été freiné par les crises successives qui ont secoué le pays. Le sociologue Laënnec Hurbon, président du Cnre, souligne que l’absence d’un tel lieu reflète un déficit de mémoire : la société se souvient surtout de la révolution, mais peu de détails sur la vie sous l’esclavage sont enseignés.

Premiers jalons concrets

Le séminaire a abouti à la décision de créer d’abord une « maison‑chantier » baptisée « Kay Boukmàn » sur le site de Bois Caïman. Trois infrastructures essentielles seront installées : un bloc sanitaire, un système d’alimentation solaire et une clôture de protection. Des formations aux métiers muséaux seront proposées aux habitants du quartier.

Le Cnre envisage également de mobiliser le secteur privé, à l’image de projets similaires en République dominicaine et au Bénin, pour financer les services complémentaires du futur musée.

Garantie scientifique et mobilisation de la diaspora

Un comité scientifique international sera constitué pour authentifier les objets issus d’un inventaire prévu. Archéologues, anthropologues et historiens de l’art y seront associés afin d’assurer une narration fondée sur des faits vérifiables.

Parallèlement, le Cnre lance un appel aux Haïtiens de la diaspora pour qu’ils relaient l’initiative, apportent des ressources financières et identifient des collections susceptibles d’enrichir le futur espace d’exposition.

Perspectives éducatives, touristiques et réconciliatrices

Selon Hurbon, le musée pourrait devenir un outil pédagogique majeur pour les écoles, offrir une nouvelle lecture de l’histoire haïtienne aux visiteurs étrangers et servir de point d’ancrage pour la réconciliation nationale, le pays étant profondément divisé depuis plus d’une décennie.

Le projet s’inscrit dans un contexte international où la reconnaissance des crimes de la traite négrière s’intensifie, notamment à l’approche du 23 août, Journée internationale du souvenir de la traite et de son abolition proclamée par l’UNESCO.


Source : AlterPresse
AlterPresse