Dans une publication scientifique parue le 30 octobre 2026 dans la revue L’Autre – Cliniques, Cultures et Sociétés, la psychologue haïtienne Judite Blanc décrit dix formes de traumatismes psychosociaux qu’elle attribue à l’héritage de l’esclavage colonial et à la dette d’indépendance imposée par la France. L’étude, fruit d’une décennie de recherches, s’appuie sur une approche biopsychosociale et écologique pour expliquer comment les violences physiques, psychologiques, culturelles et économiques continuent d’influencer les générations haïtiennes.
Séquelles identifiées
Parmi les manifestations relevées, on trouve la « désenfantisation » des jeunes, la perte d’estime de soi, les violences de genre, le désir de « blanchité » dans les relations amoureuses, ainsi que l’insécurité linguistique et l’injustice cognitive. L’auteur mentionne également l’identification aux anciens maîtres, la violence horizontale, la méfiance généralisée, la quête d’émigration, l’engourdissement émotionnel, les comportements autodestructeurs, la résilience et le phénomène de « John Henryism », qui désigne un effort soutenu pour surmonter des conditions défavorables au détriment de la santé.
Proposition d’un modèle de réparation
Blanc avance un dispositif en cinq étapes : reconnaissance officielle des responsabilités historiques, diagnostic partagé des besoins psychosociaux par département, financement dédié avec gouvernance multipartite (État, diaspora, société civile), déploiement de services de santé mentale de proximité et suivi continu. Le modèle prévoit la participation des institutions haïtiennes, des collectivités territoriales, des organisations de la société civile, des associations de la diaspora, ainsi que des acteurs français et internationaux.
Les chiffres avancés incluent un investissement de 30 milliards d’euros dans les soins, la santé publique et les services sociaux, dans le cadre d’un retour sur investissement, et un financement global de 115 milliards d’euros pour l’ensemble du dispositif. Des indicateurs de santé, de conditions psychosociales, de situation socio‑économique, de gouvernance et de sentiment de justice réparatrice sont proposés pour mesurer l’impact.
Selon l’auteure, les réparations doivent aller au‑delà du remboursement financier pour soutenir une guérison multigénérationnelle, rétablir la continuité psychique et culturelle, et favoriser une réconciliation entre la société haïtienne et son passé colonial.
Source : AlterPresse
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