dimanche 1 novembre 2026

Des millions investis dans la lutte anti‑gangs en Haïti : un bilan humain et financier alarmant

Après plus d’un an d’interventions armées financées à hauteur de dizaines de millions de dollars, les opérations menées par la société d’Éric Prince n’ont pas abouti à l’arrestation de chefs de gangs majeurs, tandis que les pertes civiles s’alourdissent.

Des millions investis dans la lutte anti‑gangs en Haïti : un bilan humain et financier alarmant
Partager cet article

Depuis mars 2025, la Task Force dirigée par le fondateur de Blackwater, Éric Prince, mène une campagne de frappes de drones contre les groupes armés qui sévissent à Port‑au‑Prince et dans les régions avoisinantes. Selon un reportage de CNN du 17 octobre, plus de deux mille attaques aériennes ont été réalisées, mais aucune cible de haut rang n’a été neutralisée.

Bilan financier et contractualisation

Un contrat d’un an, évalué à 52 millions de dollars, a été signé entre le gouvernement haïtien et la société américaine Windward Wyoming LLC, dont près de 35,5 millions de dollars ont déjà été versés au bout de huit mois, selon la Fondasyon Je Klere (FJKL). En outre, un accord décennal conclu en août 2025 prévoit la lutte contre les gangs et la collecte des taxes frontalières, dont les modalités restent floues.

Ces dépenses importantes contrastent avec les résultats affichés : aucun chef de gang majeur n’a été arrêté ou éliminé par les forces de Prince, qui privilégient, d’après ses propos à CNN, la neutralisation des combattants plutôt que l’élimination des dirigeants.

Coût humain des opérations

Human Rights Watch a recensé, dans un rapport de mars 2026, 1 243 morts et 738 blessés lors de 141 frappes de drones entre mars 2025 et janvier 2026. Parmi les victimes, au moins 60 civils, dont 17 enfants, ne semblaient pas appartenir à des groupes criminels. Les Nations unies, pour leur part, ont signalé 1 123 décès et 440 blessés entre juillet et début octobre 2026, ainsi que 1,49 million de personnes déplacées à l’intérieur du pays en août. Le même organisme a documenté 689 cas de viols commis par des gangs sur des femmes et des filles en juillet‑août.

Face à ces chiffres, la population haïtienne reste confrontée à l’insécurité quotidienne, à la fermeture des commerces et à l’obligation de fuir leurs foyers. Les promesses de sécurisation des routes et de reprise des territoires contrôlés par les gangs restent pour l’instant sans concrétisation.

Alors que les fonds alloués à la stratégie de Prince continuent d’augmenter, la question centrale demeure : quand ces investissements se traduiront‑ils réellement en amélioration de la sécurité pour les Haïtiens?


Source : Vant Bèf Info
Vant Bèf Info