vendredi 31 juillet 2026
A LA MINUTE 3 min de lecture

Haïti: Quand ceux qui ont les moyens partent en avion, ceux qui n’ont que la peur doivent attendre la mort

Le contraste est saisissant. Alors que l’ambassade américaine exhorte ses ressortissants à « quitter Haïti sans délai » et que certains s’envolent déjà, des milliers d’Haïtiens n’ont nulle part où aller, si ce n’est s’enfoncer dans la peur, la misère ou la tombe.

Dans une nouvelle alerte publiée mardi, l’ambassade américaine déconseille formellement tout voyage en Haïti. Elle recommande aux citoyens qui se trouvent déjà dans le pays de le quitter « dès que possible » par des vols commerciaux ou des moyens privés. Ce message en dit long sur la gravité de la situation. Mais il dit aussi autre chose : l’injustice flagrante entre ceux qui peuvent fuir et ceux qui, faute de passeport, d’argent ou de statut, sont condamnés à rester.

La fuite est possible… mais pour qui ?

Depuis quelques semaines, les vols entre Cap-Haïtien, Port-au-Prince et Les Cayes reprennent timidement. Certains expatriés prennent d’assaut les sièges disponibles. Des Haïtiens chanceux, munis de visas, les rejoignent parfois. Mais la grande majorité de la population regarde les avions s’élever sans eux, depuis des quartiers entourés de gangs, sans accès régulier à l’eau, à la nourriture ou aux soins.

Pour eux, partir est un rêve, un fantasme. Et la vie quotidienne se résume à l’attente d’un miracle… ou d’une balle.

La peur au quotidien

Depuis le début de l’année 2025, la capitale vit dans la terreur. Des quartiers entiers sont devenus des zones de guerre. Les gangs rivalisent de cruauté et d’armes. Ils violent, tuent et pillent. Les écoles ferment, les hôpitaux sont assiégés, les rares routes ouvertes sont piégées. Des milliers de familles dorment sur les toits, dans les églises, sur des morceaux de carton. Ils ne sont ni citoyens d’un autre pays, ni titulaires d’un compte bancaire, ni clients d’une ambassade.

Ce sont des Haïtiens. Et ils sont seuls.

Deux Haïtiens face à la même crise

Il y a donc deux Haïti. Celui qui peut fuir, informer, s’abriter – et celui qui doit se cacher, espérer, survivre sans promesse. L’alerte américaine, aussi légitime soit-elle, est un rappel brutal de cette division. Elle souligne la capacité de certains à échapper à l’effondrement, tandis que d’autres s’enfoncent chaque jour un peu plus.

Il ne s’agit pas de blâmer ceux qui partent. Il s’agit de poser la question que personne ne veut entendre : que fait-on pour ceux qui restent ?

Indifférence internationale et résignation locale

Dehors, le monde regarde. Il alerte, condamne, déclare. Mais rien de solide n’est construit pour arrêter l’hémorragie. La Mission multinationale d’appui à la sécurité, pourtant très attendue, n’a pas encore démontré sa capacité à inverser la tendance. Pendant ce temps, les Haïtiens continuent de mourir, dans le silence, l’indifférence et l’abandon.

À l’intérieur, la résignation est de mise. Chacun tente de sauver ce qu’il peut : un enfant, un morceau de maison, un peu de dignité. Mais la peur est devenue quotidienne. Et la mort est à portée de main.

Le message de l’ambassade américaine est clair. Ce qui ne l’est pas, c’est ce qu’il dit de notre humanité collective. Si la seule réponse à une crise est de prendre l’avion, ceux qui ne le peuvent pas méritent plus que notre pitié : ils méritent notre solidarité, notre action et notre voix.

Sinon, ce pays finira par être divisé en deux tombes : l’une à ciel ouvert, l’autre en plein vol.

 

Source Photo: Topexpos Voyages