dimanche 1 novembre 2026

Le commerce illicite de civelles en Haïti : le rôle central de Jean‑Charles Moïse selon le Groupe d’experts de l’ONU

Le rapport du Groupe d’experts de l’ONU, présenté en juillet 2026, révèle que l’ancien sénateur Jean‑Charles Moïse contrôle le marché des civelles, manipule les permis d’exportation et dirige un réseau de contrebande lié à des organisations criminelles transnationales.

Le commerce illicite de civelles en Haïti : le rôle central de Jean‑Charles Moïse selon le Groupe d’experts de l’ONU
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Le Groupe d’experts de l’Organisation des Nations Unies, mandaté par la résolution 2794 (2025), a publié son rapport final le 24 juillet 2026, puis l’a soumis au Comité du Conseil de sécurité le 3 septembre 2026. L’étude porte sur le commerce des civelles – jeunes anguilles – en Haïti, une activité jugée parmi les plus lucratives du pays.

Un kilogramme de civelles se vend entre 3 000 et 5 000 dollars sur le marché international, alors que les pêcheurs locaux ne perçoivent que 0,34 à 1,70 dollar. Cette différence de prix crée un terrain propice à la corruption et à la contrebande, d’autant plus que Haïti n’est pas signataire de la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction.

Jean‑Charles Moïse, bénéficiaire effectif du secteur

Le rapport identifie Jean‑Charles Moïse, homme d’affaires du Nord et secrétaire général du parti Pitit Dessalines, comme le principal acteur du marché. Ancien candidat à la présidence et ancien sénateur, il aurait exercé une influence directe sur le ministère de l’Agriculture, des ressources naturelles et du développement rural, ainsi que sur les agents des douanes chargés de délivrer les permis d’exportation chaque année, au début de la saison de pêche qui s’étend de septembre à mars.

Selon le document, Moïse aurait sélectionné les fonctionnaires responsables de la délivrance des permis, favorisant ainsi ses propres exportateurs et réprimant les concurrents qui refusaient ses pots‑de‑vin. Les agents de douane qui résistaient auraient été mutés ou soumis à d’autres représailles.

Un réseau transnational de contrebande

Le groupe d’experts a constaté que Moïse dirigeait un réseau d’exportateurs illicites relié à une organisation criminelle opérant dans les eaux caribéennes. Lors de la saison 2024‑2025, alors que les vols entre Port‑au‑Prince et les États-Unis étaient suspendus, le réseau a continué d’acheminer les civelles hors du pays grâce à des embarcations privées dominicaines et à la complicité de douaniers haïtiens.

Une enquête sur un incident du 20 décembre 2024 à Fort‑Liberté a mis en lumière le mode opératoire du réseau : des marchandises provenant de fournisseurs haïtiens et dominicains étaient exportées sous de faux documents, présentées comme exclusivement haïtiennes. En juin 2026, les douanes d’un État membre ont confirmé deux cas de contrebande de civelles vivantes entre octobre et décembre 2024, liés à ce même mode d’opération.

Le rapport conclut que tant que Haïti n’adhérera pas à la convention internationale et que les mécanismes de contrôle resteront faibles, le commerce des civelles continuera d’alimenter des réseaux criminels transnationaux, au détriment de l’économie nationale.


Source : AlterPresse
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