Lors d’ateliers tenus les 10 et 11 septembre 2026, un collectif de treize organisations haïtiennes – regroupant des associations féministes, des défenseurs des droits humains, des experts juridiques, des médias indépendants et des lanceurs d’alerte – a présenté une déclaration commune. Les signataires dénoncent les effets potentiels de deux décrets adoptés en décembre 2025, l’un encadrant la liberté d’expression et l’autre organisant la Haute Cour de Justice.
Décret sur la liberté d’expression
Ce texte vise à prévenir et réprimer les délits de diffamation, les fausses informations, le cyberharcèlement et les discours haineux. Les organisations reconnaissent la nécessité de lutter contre ces abus, mais insistent sur le fait que toute mesure punitive doit respecter les garanties constitutionnelles de 1987 et les engagements internationaux d’Haïti. Elles soulignent que le climat actuel, marqué par des menaces récurrentes contre les journalistes et les défenseurs, rend le dispositif risqué : il pourrait être détourné pour intimider les enquêtes sur la corruption ou les violations des droits humains, renforçant ainsi l’autocensure et la culture du silence.
Décret organisant la Haute Cour de Justice
Le second texte définit les conditions de mise en accusation des hauts fonctionnaires, ainsi que les procédures d’intervention de l’exécutif. Les signataires estiment que les exigences de majorité qualifiée, les étapes préalables et les possibilités d’ingérence créent des obstacles majeurs à la poursuite des responsables de corruption, de détournement de fonds publics ou de blanchiment. Au lieu de consolider les mécanismes anti‑corruption, le décret, selon eux, retarde les procédures et affaiblit l’effet dissuasif de la législation existante.
Les organisations concluent que la protection de la liberté d’expression et la lutte contre l’impunité sont indissociables. Elles appellent donc à l’abrogation pure et simple des deux décrets, les qualifiant d’« liberticides, anticonstitutionnels et antidémocratiques ». Cette prise de position reflète une préoccupation croissante quant à la capacité de la société haïtienne à exercer un contrôle effectif sur le pouvoir et à garantir un espace civique ouvert.
Source : AlterPresse
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