La commission chargée d’élaborer l’avant-projet de Constitution de la République d’Haïti a récemment rendu publiques les grandes lignes d’un texte qui, s’il était adopté, marquerait une rupture significative avec l’ordre constitutionnel actuel. Le document propose une refonte substantielle des institutions républicaines, dans un souci de modernisation, de rationalisation et de rééquilibrage des pouvoirs.
L’un des aspects les plus remarquables de ce projet est l’abaissement des seuils d’âge pour l’accès aux principales fonctions électives : 30 ans pour la Présidence de la République, 25 ans pour le Sénat et 21 ans pour la Chambre des députés. Ce choix traduit une volonté claire d’ouvrir le champ politique aux jeunes générations et de renouveler l’élite dirigeante en élargissant la base démocratique.
Sur le plan parlementaire, le texte propose une recomposition du Sénat, qui serait désormais composé de deux sénateurs par département géographique, plus deux représentants élus par les Haïtiens vivant à l’étranger. Cette chambre haute serait renouvelée intégralement tous les cinq ans, rompant avec le principe du renouvellement partiel précédemment en vigueur. L’inclusion explicite de la diaspora consacre symboliquement et institutionnellement son rôle dans le destin du pays.
L’exécutif, quant à lui, serait doté d’une architecture plus centralisée : le président de la République exercerait à la fois les fonctions de chef de l’État et de chef du gouvernement, dans un modèle présidentialiste affirmé. Il ne serait rééligible qu’une seule fois et dirigerait un gouvernement réduit à quinze ministres. Ce recentrage du pouvoir exécutif s’accompagne d’une mesure controversée : l’exclusion des citoyens ayant une double nationalité de toutes les fonctions de l’État, une disposition qui pourrait susciter de vifs débats, notamment au sein des communautés expatriées.
L’organisation territoriale du pouvoir serait également revue. Chaque département serait administré par un gouverneur élu au suffrage universel pour un mandat de cinq ans renouvelable. Ces gouverneurs exerceraient leurs fonctions avec l’appui d’une assemblée départementale composée de délégués des différentes assemblées municipales, créant ainsi un nouvel échelon de gouvernance intermédiaire entre le pouvoir central et le pouvoir local.
Ce projet constitutionnel dessine les contours d’une République rénovée, fondée sur un équilibre redéfini entre les institutions, une meilleure intégration des territoires et une plus grande reconnaissance de la diversité des composantes de la nation. Reste à savoir si cette ambition réformatrice saura mobiliser l’adhésion populaire et franchir les étapes nécessaires à sa concrétisation.
Source photo: ministere de la communication









