mercredi 16 septembre 2026

Haïti : la sécurité publique s’effondre sous le poids des gangs

Depuis l’attaque de Martissant en 2021, les groupes armés ont progressivement pris le contrôle de larges zones du pays, laissant l’État incapable de protéger ses citoyens et d’assurer les services essentiels.

Haïti : la sécurité publique s’effondre sous le poids des gangs
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En moins de cinq ans, Haïti a vu la souveraineté de son territoire se réduire à mesure que les gangs s’emparent de routes, de quartiers et d’institutions publiques. L’assaut du 1er juin 2021 à Martissant, sous la présidence de Jovenel Moïse, a marqué le début d’une série d’échecs étatiques, chaque incident suivant confirmant l’incapacité de l’État à réagir de façon décisive.

Des symboles d’État détruits

Les prisons nationales, dont le Pénitencier national et la prison de la Croix‑des‑Bouquets, ont été prises d’assaut en mars 2024, libérant des milliers de détenus. Quelques semaines plus tard, l’ONU a signalé la destruction de trois établissements pénitentiaires. Les commissariats subissent le même sort : en mai 2024, plusieurs sous‑commissariats de la métropole ont été incendiés ou pillés, montrant que les forces de l’ordre ne peuvent plus garantir la sécurité de leurs propres installations.

Dans les communes de Croix‑des‑Bouquets, Carrefour, Mirebalais ou Cabaret, la présence de l’État s’est quasi‑disparue, remplacée par le contrôle direct des groupes armés qui imposent leurs propres règles de circulation et de vie quotidienne.

Impact sur la vie quotidienne

Le centre‑ville de Port‑au‑Prince, autrefois cœur administratif, se vide progressivement. Le stade Sylvio Cator, l’hôpital universitaire d’État et même l’aéroport international Toussaint‑Louverture ont été occupés, vandalisés ou fermés à cause de la violence. Cette désorganisation se traduit par des chiffres alarmants : en 2024, les Nations unies ont recensé 1 494 enlèvements, 5 626 morts et 2 213 blessés. En 2025, le BINUH a comptabilisé 9 063 homicides, tandis que les données de l’ONU entre mars 2025 et janvier 2026 indiquent 5 519 décès et 2 608 blessés.

Les déplacements forcés touchent près de 1,4 million de personnes (12 % de la population) et plus de 5,7 millions font face à une insécurité alimentaire sévère, selon les Nations unies. L’Artibonite, région agricole majeure, subit des taxes imposées par les gangs, réduisant la production et menaçant la sécurité alimentaire du pays.

Perspectives et défis

Malgré les changements de gouvernement et les annonces de rétablissement de l’autorité, le vide institutionnel persiste. L’impunité, illustrée par l’absence de procès pour l’assassinat du président Moïse, renforce le sentiment d’abandon. La jeunesse, confrontée à un chômage croissant, devient une cible de recrutement pour les groupes armés, perpétuant le cycle de violence.

Le peuple haïtien ne réclame plus de promesses : il exige la protection de ses droits fondamentaux, un service public fonctionnel et la garantie d’un avenir sûr.


Source : Vant Bèf Info
Vant Bèf Info