L’ambassadeur de France en Haïti, Antoine Michon, a déclaré, à l’issue de sa mission, que le pays se trouve à un carrefour critique : sans restauration de l’autorité de l’État, il court le risque d’un effondrement complet. Il a rappelé que l’appui de la communauté internationale ne peut être considéré comme permanent.
Une menace comparable à la Somalie des années 1990
Michon a évoqué la situation somalienne de 1994‑1995, où l’absence d’un gouvernement central a laissé place à des groupes armés rivaux se partageant le territoire. Il craint que Haïti ne subisse un scénario similaire, avec des clans armés exploitant le vide sécuritaire pour étendre leur influence.
Selon le diplomate, les gangs ne cherchent pas à gouverner le pays, mais profitent de la faiblesse des forces de l’ordre pour s’emparer de nouvelles zones. Cette dynamique, il l’a soulignée, ne profite à aucune partie et menace la stabilité régionale, notamment les territoires français d’outre‑mer traversés par les trafics d’armes et de stupéfiants.
Responsabilité des autorités haïtiennes
Michon a exhorté les dirigeants haïtiens à assumer pleinement leurs responsabilités : traquer les criminels, mettre fin aux libérations répétées de délinquants et briser le lien entre réseaux mafieux et sphères politiques. Il a dénoncé l’impunité qui persiste, même pour les crimes de masse, et a insisté sur la nécessité de renforcer les services d’enquête et les moyens alloués aux institutions judiciaires.
Le diplomate a également rappelé que la sécurité et la justice constituent les piliers d’une paix durable, appelant la société civile à se mobiliser aux côtés de l’État. « Il est inconcevable que 30 000 individus terrorisent plus de 12 millions d’habitants », a‑t‑il affirmé.
Perspectives de coopération française
Malgré la gravité de la crise, Michon a souligné le potentiel humain d’Haïti et les investissements français dans le développement durable, l’éducation, la santé et l’agriculture. La France consacre chaque année près de 15 millions d’euros à des projets humanitaires, soutient plus de 3 000 étudiants haïtiens en France et renforce la coopération culturelle via l’Institut français d’Haïti.
Il a conclu que, si l’aide internationale peut offrir un répit, les solutions durables doivent être conçues et mises en œuvre par les Haïtiens eux‑mêmes.
Source : AlterPresse
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