jeudi 17 septembre 2026

La Route nationale 1 : un corridor sous le joug des gangs armés

Un voyageur décrit les multiples points de contrôle, les consignes de silence et la présence militaire le long de la RN1 entre Port‑au‑Prince et Les Gonaïves, révélant l’emprise des groupes armés sur cet axe vital.

La Route nationale 1 : un corridor sous le joug des gangs armés
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Un usager ayant parcouru la RN1 entre la capitale et Les Gonaïves la semaine dernière raconte une traversée marquée par la peur et les exigences imposées par les gangs. Dès le Carrefour 3 Mains, près de l’aéroport Toussaint‑Louverture, le conducteur ordonne l’extinction des téléphones, consigne jugée indispensable pour éviter les représailles.

Des zones contrôlées par les groupes armés

Le trajet se poursuit à travers plusieurs « territoires perdus » où la coalition criminelle Viv Ansanm impose ses règles. Au Carrefour Drouillard, un blindé de la Police nationale d’Haïti (PNH) se tient à proximité d’un ancien poste de police, vandalisé en 2024. Sur la wout nèf, reliant Cité Soleil à Canaan, des hommes lourdement armés sont postés le long de la chaussée.

À Canaan, un « agent de marketing » monte à bord, distribuant des produits tout en rappelant aux passagers les consignes de non‑utilisation des téléphones et de vigilance. Entre Canaan et l’entrée d’Arcahaie, les habitations sont pour la plupart vides, ponctuées d’effigies de chefs de gangs et de postes de contrôle improvisés.

Le premier point de fouille de la brigade d’autodéfense d’Arcahaie oblige tous les passagers, à l’exception des enfants, femmes enceintes et personnes âgées, à descendre, présenter une pièce d’identité et soumettre leurs bagages à une inspection minutieuse.

Après Arcahaie, la zone devient temporairement plus sûre, les téléphones peuvent être utilisés jusqu’à Carriès, où un nouveau contrôle, épaulé par un blindé de la PNH et deux agents de l’Udmo, se répète. Peu après, le conducteur impose de nouveau le silence radio, signalant le retour d’un territoire sous domination gang.

Le paysage alterne entre routes encombrées de blocs de béton, de sable et de tentes, et quelques tronçons où la végétation luxuriante et les plages restent intacts, bien que privées de touristes. À Montrouis, le marché public continue d’opérer malgré la présence visible de groupes armés. Saint‑Marc, quant à elle, montre une vie qui semble poursuivre son cours, même si la police maintient deux blindés près d’une station‑service.

Plus au nord, à Pont‑Sondé, la brigade d’autodéfense instaure un nouveau point de contrôle. Le trajet se poursuit vers L’Estère, où le gang Kokorat San Ras impose une interdiction stricte des téléphones à l’approche du Carrefour de La Croix‑Périsse, zone récemment marquée par des enlèvements.

Le voyage se conclut à Gonaïves, où une enseigne « Bienvenue aux Gonaïves » accueille les passagers après une traversée qui, selon le témoin, ressemble davantage à un couloir de la mort qu’à une route nationale.


Source : AlterPresse
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